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Le factchecking subjectif de Libération sur les Français de Tsahal

Checknews est le « service de «factchecking à la demande» » de Libération. Le journal, qui ne rechigne pourtant pas à prendre quelques libertés avec les faits, surfe sur la tendance qui veut que la presse mainstream se proclame gardienne de la vérité.

Selon ses concepteurs, Checknews sélectionne avec le plus grand soin les questions auxquelles il répond :

 

Nous nous assignons des règles précises dont la première est : ne répondre que sur des aspects factuels. Laisser de côté les questions qui appellent des réponses subjectives.

 

Première promesse de Checknews : « Laisser de côté les questions qui appellent des réponses subjectives »

Ainsi donc, le 19 juillet, les factcheckers auto-proclamés de Libé ont choisi de répondre à la question suivante :

 

 

Une question qui n’appellerait pas de réponse subjective ?

A priori, la réponse consiste en un nombre qui est une donnée objective. Encore faut-il voir si l’action attribuée à ces personnes, « servir dans l’arme israélienne », est appréciée de manière objective. La description qui est faite de l’armée israélienne dans la réponse rejaillira forcément sur les Français sujets de la question.

Or dans l’article de Libé, le moins que l’on puisse dire est que cette description est éminemment subjective. L’insinuation est claire : ces Français (dont tout le monde comprend bien que l’immense majorité sont des Juifs) serviraient dans une armée immorale. Voici en effet le début de la réponse :

 

Il y a deux mois, les habitants de Gaza commémoraient la Naqba (« catastrophe » en arabe). En manifestant pendant plusieurs semaines à la frontière avec Israël, plus d’une centaine d’entre eux trouvaient la mort, et plusieurs centaines étaient blessés par les balles israéliennes.

 

Seconde promesse de Checknews : « ne répondre que sur des aspects factuels »

Voyons si les « factcheckers » ont tenu leur promesse :

1. Présentée ici comme un fait, la « Naqba » est un terme choisi par les propagandistes arabes pour dépeindre la création de l’Etat d’Israël en 1948 comme une « catastrophe » ayant conduit à l’expulsion forcée des Arabes du pays ; en omettant le contexte de guerre d’extermination alors lancée par les armées arabes contre Israël par refus de voir exister un Etat juif, le départ volontaire de beaucoup de réfugiés à qui les chefs arabes avaient promis un rapide retour victorieux, sans parler de l’exil concomitant des Juifs des pays arabes.

Le terme sert à revendiquer un « droit au retour » (d’où le nom de « Marche du retour » donné au mouvement lancé ce printemps, et repris sans questionnement par l’article de Checknews) pour les descendants des Arabes ayant alors fui Israël – ce qui reviendrait à submerger démographiquement la population juive et à mettre fin à l’Etat d’Israël. « Naqba » n’est pas un terme journalistique neutre.

2. « En manifestant »… Les manifestants envoyés par le Hamas et les autres factions de Gaza ont tiré sur les soldats gardant la frontière (ils en ont tué un), tenté de s’infiltrer à travers la clôture pour commettre des actes terroristes contre les civils israéliens des villages frontaliers, lancé des ballons incendiaires qui ont fait brûler des centaines de champs israéliens… C’est un mouvement violent qui n’avait rien à voir avec une manif’ des intermittents du spectacle; l’usage de ce terme reflète bien davantage la propagande du Hamas que la réalité.

3. La majorité des morts n’étaient pas de simples manifestants mais des membres du Hamas et d’autres mouvements islamistes de Gaza ; des mouvements considérés comme terroristes par l’Union européenne et les grands pays occidentaux, et qui ont pour ambition affichée d’éradiquer Israël en commettant un nouveau génocide contre les Juifs.

 

Le profil type des « manifestants » tués par l’armée israélienne à Gaza: des miliciens armés du Hamas, organisation ayant pour objectif d’éliminer Israël (image: Times of Israel)

 

Ce paragraphe à charge contre l’armée israélienne accusée de massacre n’apporte aucun fait permettant d’équilibrer le récit : la version israélienne des événements n’y a pas droit de citer. C’est bien simple, le Hamas, principal acteur du conflit du côté de Gaza et porteur d’une idéologie vouant Israël à la destruction, n’est même pas mentionné dans l’article – une technique qui permet d’opposer une armée israélienne présentée comme surpuissante à des habitants de Gaza supposément civils, innocents, désarmés et impuissants.

 

Traitement spécial

Une fois posé le caractère « immoral » du service dans l’armée israélienne, les « 4185 soldats en service régulier (qui) ont la citoyenneté française » deviennent implicitement les complices d’un « crime ».

Or, la majorité d’entre eux sont bien sûr des doubles-nationaux, détenteurs de passeports français et israéliens. Un phénomène courant dans notre monde globalisé.

Avec environ 50,000 Français, Israël n’abrite que la neuvième communauté française de l’étranger. Derrière la Suisse (180,000), les USA (160,000), le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, mais aussi le Maroc (un peu plus de 50,000).

Libé a-t-il recherché combien de Français servaient dans l’armée suisse (pays qui abrite bon nombre de double-nationaux, et où existe un service militaire) ? L’armée suisse n’est pas sujette à controverse puisqu’elle ne combat pas, nous répondra-t-on. Soit. Mais alors, combien de Français servent aux Etats-Unis, en Algérie (40,000 Français) ou au Liban (23,000 Français) ? Et inversement, le journal s’est-il demandé par exemple combien d’Algériens officient dans l’armée française ? Non… Et c’est sans doute bien ainsi, car un Franco-algérien qui servirait dans l’armée algérienne le ferait en tant qu’algérien à part entière. De même pour un Franco-algérien servant en France : il est français à part entière.

Seuls les Juifs détenteurs de la double-nationalité française et israélienne ont fait l’objet de ce travail.

A ceux-ci s’ajoutent les volontaires de nationalité française du programme « Mahal », qui doivent comme le dit l’article avoir au moins un grand-parent juif. Pour en parler, Checknews cite le site très anti-israélien OrientXXI, dirigé par Alain Gresh, pour qui « si les armées de plusieurs pays ouvraient leurs portes à des étrangers (comme la France avec la Légion), seul Israël le faisait «sur l’unique critère ethno-religieux». » Parce qu’un Juif serait admis dans l’armée saoudienne, par exemple ?

Et puisque Checknews s’intéresse au système de volontariat, pourquoi ne donne-t-il qu’une moitié de l’information ? L’armée israélienne offre aussi aux non-juifs la possibilité d’effectuer du volontariat dans un autre programme destiné aux non-combattants, « Sar-El ».

 

Un procédé connu

Cette manière d’amalgamer les Juifs de France à un Etat d’Israël diabolisé, et de diaboliser par ricochet les Juifs de France (y compris ceux qui n’ont aucun engagement envers Israël), en faisant planer sur eux la suspicion de double allégeance, rappelle la façon dont certains médias ont présenté l’affaire Azaria, ce soldat israélien jugé et condamné par la justice israélienne pour avoir achevé un terroriste palestinien déjà blessé qui avait quelques instants auparavant attaqué des soldats israéliens.

Certains titres avaient alors omis de préciser que le Palestinien était un terroriste (diabolisant ainsi, sur un mode similaire au premier paragraphe de cette rubrique de Checknews, les soldats israéliens présentés comme des auteurs de violence gratuite) tout en insistant sur l’identité franco-israélienne de ce soldat honni.

 

 

Le jeune militaire avait pourtant agi en tant qu’Israélien et sa nationalité française n’y avait joué aucun rôle.

Des Juifs français présentés comme servant dans une armée immorale : voilà de quoi nourrir l’antisémitisme en jetant l’opprobre sur les Juifs de France dans certains esprits.

Comme les titres tendancieux sur Elor Azaria, la question choisie et traitée par Libération entraîne un glissement sur un terrain où les faits sont modelés pour nuire à l’image d’Israël – et à celle des Juifs de France qui s’y voient associés.

Checknews se présente donc comme un service de « factchecking » qui entend « laisser de côté les questions qui appellent des réponses subjectives ». A notre avis, cet objectif louable est loin d’avoir été atteint.

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  • Aussi fiable et impartial que le Déconnex du Monde…
    Qui croient-ils tromper ces gardiens autoproclamés de l’objectivité-selon- Goebbels ? Au moins 98 % de leurs lecteurs, ce qui ne fait quand même pas beaucoup…

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