a
AccueilVeille médiasAnalyse : Choquant, le documentaire qu’Arte ne voulait pas montrer ?

Analyse : Choquant, le documentaire qu’Arte ne voulait pas montrer ?

Qu’est-ce qui a bien pu choquer les responsables d’Arte au point de refuser de diffuser un documentaire sur l’antisémitisme en Europe que leur chaîne avait pourtant co-produit ? Pour le savoir, InfoEquitable a visionné le film dont on vient d’apprendre, suite au tollé généré par cet acte de censure, qu’il serait finalement diffusé à l’antenne mercredi 21 juin à 23h00 par la chaîne franco-allemande.

Voici notre analyse du contenu « sulfureux » qu’Arte ne voulait pas montrer.

 

Dans le vif du sujet : Mahmoud Abbas, adulé par les Européens, comparé à un nazi

 

 

D’emblée, « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe » nous emmène au Parlement européen. Là-bas, en 2016, Mahmoud Abbas a délivré un discours férocement antisémite dans lequel il accusait des rabbins d’Israël de « demander au gouvernement d’empoisonner nos eaux pour tuer des Palestiniens ». Une calomnie anti-juive issue tout droit des accusations utilisées au Moyen-Age en Europe pour persécuter les Juifs, qui n’empêcha pas les députés présents de saluer le discours par une standing ovation.

 

 

Malgré le rappel de la condamnation tardive des propos d’Abbas par Martin Schulz, le président du parlement, cette scène interpelle : non seulement l’antisémitisme officiel palestinien au plus au niveau est patent, de la part de celui que les médias présentent souvent comme un « modéré » à qui Israël doit faire des concessions, mais on entrevoit aussi une complaisance, voir plus, de la part de l’Europe pour cet antisémitisme.

D’ailleurs, loin de ne parler que de l’antisémitisme arabo-musulman comme on a pu le lire ces derniers jours, le documentaire le relie au vieil antisémitisme européen. Il compare des propos de Mahmoud Abbas affirmant que sans justice pour les Palestiniens il n’y aurait pas de fin au terrorisme dans le monde à ceux du nazi Julius Streicher selon qui une « solution pour la question juive » était nécessaire pour la rédemption de l’Humanité.

Mahmoud Abbas, un homme aux idées semblables aux nazis, ovationné par le parlement européen 70 ans après la Shoah ? Trop gênant pour la chaîne pro-européenne ?

Car il est beaucoup question d’Europe dans ce reportage : les plus grands esprits du continent, de Voltaire à Shakespeare et Goethe, avaient des préjugés contre les Juifs. Sont aussi rappelées les racines chrétiennes de l’antisémitisme, et pas seulement comme un clin d’oeil au passé : le reportage ira à la rencontre d’organisations chrétiennes européennes qui s’inscrivent aujourd’hui dans cette filiation en combattant l’Etat juif.

Aucun bord n’est épargné par ce panorama complet. Après avoir montré une responsable de Die Linke, parti d’extrême gauche allemand, qui affirme (comme Abbas !) qu’Israël empoisonne intentionnellement l’eau des Palestiniens de Gaza, la caméra nous entraîne de l’autre côté de l’échiquier politique.

 

 

Jürgen Elsässer est lui-même un ancien de Die Linke mais dont le discours, est-il expliqué, se rapproche plus aujourd’hui de l’extrême droite. Devant la gare de Berlin, sous les cris « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple ») de supporters dont une partie arbore saluts et slogans nazis, il éructe contre Israël, l’Amérique, le capital international…

 

 

Comme l’explique l’universitaire Monika Schwarz-Friesel, il existe mille manière d’être antisémite sans jamais prononcer le mot Juif. Aujourd’hui, les anti-Juifs parlent en langage codé (« sionistes », « lobby israélien », « banquiers de la côte Est »…).

 

Une continuité historique : antisémites européens et arabes s’allient dans la détestation de leur cible commune, le peuple juif

Au beau milieu de ce meeting antisémite « à l’ancienne » monte à la tribune… un activiste du « Palestine Network Communication » qui s’affirme antisioniste et réclame « liberté pour le peuple palestinien et liberté pour le peuple allemand » !

 

 

Le documentaire montre que cette collaboration qui risque d’étonner certains téléspectateurs fait écho à un passé chargé. Amine al-Husseini, mufti de Jérusalem, père de la « cause palestinienne » et parent de Yasser Arafat, était déjà fermement engagé aux côtés des nazis pendant la guerre (de nouvelles photos de cette période viennent d’ailleurs d’être révélées).

 

 

Après la guerre, le mufti s’engagera au service de la « lutte de la libération palestinienne à travers a terreur », avec le soutien dit le reportage d’une grande partie de la gauche occidentale.

L’Union européenne si chère à la chaîne franco-allemande a financé le mausolée d’Arafat à hauteur d’1,5 million d’euros. Embarrassant rappel à la lumière de ce contexte historique de collaboration entre antisémites d’orient et d’occident ?

 

 

L’émission va aussi à la rencontre de manifestants d’extrême gauche qui font toutes sortes de comparaisons douteuses : « Anne Frank serait aujourd’hui avec nous dans la rue, contre le racisme et contre la politique menée par Israël »… Le politologue Stephan Grigat avance : « Le besoin de relativiser le national-socialisme est en partie plus fort parmi le mouvement de gauche que celui de droite. Car il n’y a pas de plus grand affront pour la gauche que ce qu’a documenté le national-socialisme, c’est à dire que le prolétariat, sujet révolutionnaire, n’est pas à la hauteur de l’espoir que des générations de marxistes lui ont attribué. »

 

 

L’indispensable enquête sur le terrain dont ne voulait pas Arte

Avant sa volte-face, voici comment Arte justifiait son refus de programmation : « Insinuer que c’est pour des raisons politiques que le film n’aurait pas sa place dans le programme d’Arte est parfaitement absurde : la proposition acceptée par la Conférence des programmes prévoyait expressément, conformément à la ligne éditoriale d’Arte, chaîne européenne, de traiter de l’antisémitisme masqué derrière la critique d’Israël, et cela non pas au Proche-Orient, mais en Europe. »

L’absurdité de ce raisonnement saute aux yeux : comment parler d’antisionisme (qui n’est pas que la critique d’Israël, mais l’opposition à son existence), sans s’intéresser à Israël ? Les auteurs se sont donc à raison rendus sur place, en Israël ainsi qu’à Gaza.

Contrairement à ce que l’on voit trop souvent dans les médias, le documentaire offre les clés pour comprendre ce qui a mené à l’établissement de l’Etat juif, remontant l’histoire jusqu’au 19e siècle – cartes correctes à l’appui, ce qui n’est pas toujours le point fort d’Arte.

Car il n’est pas question de laisser sans réponse la promotion de la « Nakba », supposée catastrophe subie par les Arabes dont les partisans oublient de dire que les armées coalisées avaient attaqué l’Etat d’Israël le jour de son indépendance, par l’Eglise évangélique allemande – héritière de l’antisémitisme chrétien historique (encore une vérité peu populaire) qui continue ainsi à laisser libre cours à ce penchant. Une longue interview de Rafi Eitan, vétéran de la guerre d’indépendance israélienne, vient contredire ce récit et le commentaire rappelle qu’il y a eu échange de population, 850,000 juifs étant expulsés des pays arabes.

Gênant encore : le reportage montre, que lors de ce congrès de l’Eglise évangélique, « des dizaines d’ONGs s’adonnent à la cause des Palestiniens » et qu’elles sont soutenues par les Eglises… et par les impôts. Il nomme une partie de ces organisations (Brot für die Welt, Misereor, EAPPI, Pax Christi, Amnesty International, Oxfam, Medico, Fidh, Worldvision…) et explique comment s’y répandent les financements.

 

 

L’émission, qui se base sur des données de l’excellente ONG israélienne NGO Monitor, avance des chiffres, expliquant comment une organisation évangélique telle que Brot für die Welt financerait des projets en millions d’euros; elle aurait par exemple transféré entre 2013 et 2015 plus de 800,000 euros à B’Tselem, « ONG israélienne qui reproche à Israël de pratiquer l’apartheid et d’employer des méthodes nazies. » Suit une interview de Tuvia Tenenbaum, auteur de plusieurs livres pour les besoins desquels il s’est infiltré chez les opposants d’Israël, qui explique que si une organisation comme B’Tselem est israélienne, ses financements viennent en bonne partie de pays comme l’Allemagne.

 

 

C’est une lourde responsabilité européenne qui est ainsi dénoncée : « l’UE, des gouvernements européens, des Eglises européennes, ainsi que des organisations rattachées à l’ONU et cofinancées par l’UE transfèrent 100 millions d’euros par an, argent issu des impôts, à des ONGs politiques qui mènent principalement des campagnes anti-israéliennes. »

Un des arguments utilisés par la chaîne allemande WDR, qui s’est associés à Arte pour la production puis la censure de l’émission, est que ces estimations sont faites « sans citer de sources » et que par conséquent « le film ne répond ni à ses exigences journalistiques ni à ses principes éditoriaux. »

Pourtant, la séquence suivante fait intervenir Gerald Steinberg, fondateur de NGO Monitor dont le travail est précisément d’analyser les réseaux financiers de ces ONGs. Si les chiffres, comme celui de 100 millions, peuvent toujours être discutés, il faut être dans le déni pour ne pas voir les liens entre l’Europe et les organisations anti-israéliennes, dont une partie s’oppose à l’existence de l’Etat juif – ce qui en fait des organisations antisémites. Est-ce un hasard si c’est précisément sur ce point que WDR a argumenté ? Ou est-ce une réalité qui dérange ?

 

 

Sur un sujet cher aux lecteurs d’InfoEquitable, Gerald Steinberg affirme : « Les revendications (des ONGs) sont prises très au sérieux par des journalistes ou bien à travers des journalistes par des diplomates – entre autres – et deviennent des faits, la véritable réalité. »

Le commentaire ajoute :

« Et c’est ce qui figure sur les unes des journaux. Les Israéliens sont les coupables – la cause, le terrorisme palestinien – diminue en importance et glisse vers l’arrière des journaux. »

 

 

Enfonçant le clou, l’émission montre les montants transférés par l’UE, l’Allemagne et les Etats-Unis à l’Autorité palestinienne : le plus gros montant d’aide par habitant au monde. Les chiffres avancés, comme 307 millions d’euros de la part de l’Union européenne et 440 millions d’euros venant des Etats-Unis, auraient eu de quoi interpeller les téléspectateurs…

 

Gaza, plus corrompue que surpeuplée

L’un des lieux communs sur Gaza est son surpeuplement qui en ferait un lieu invivable – la fameuse « prison à ciel ouvert » dont Israël asphyxierait la population. Arte n’hésite pas à produire de véritables clips de propagande à l’appui de cette assertion, tel celui-ci diffusé en 2016 :

 

 

Ce genre de clip incrimine implicitement l’Etat juif pour les malheurs des habitants de Gaza, dont même « Les enfants, traumatisés par la guerre ont presque oublié que dans le ciel de Gaza il n’y avait pas que des avions de chasse mais aussi des étoiles… » C’est exactement le genre de production européenne qui attise l’antisémitisme et que dénonce « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe ». Arte n’a pas de problème à désinformer ainsi… En revanche, la chaîne voulait censurer une émission qui remettait les choses en perspective, et faisait pièce au mythe du surpeuplement :

 

 

Le documentaire rejoint les données qu’InfoEquitable avait recensées pour répondre à un article de l’AFP qui insistait sur le surpeuplement de Gaza :

« Avec 2 millions d’habitants, la bande de Gaza qui s’étend sur 365 km2 frôlerait les 5.500 habitants par km2. Une densité élevée en comparaison par exemple avec les environ 3.700 habitants par km2 de l’agglomération parisienne, mais tout de même bien éloignée des un peu plus de 21.000 habitants par km2 de Paris intra-muros. Au centre de la ville de Gaza vivent environ 10.000 habitants par km2, moitié moins qu’à Paris ! Et ce n’est rien à côté d’une ville comme Manille, dont le centre héberge 43.000 habitants par km2. »

Contrairement aux reportages fantaisistes diffusés par Arte dans lesquels seuls les tenants, y compris israéliens, du narratif pro-palestinien ont la parole, « Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe » ne donne pas la parole uniquement à ceux qui soutiennent ses thèses. Le micro est tendu au Hamas, dont il est rappelé que sa charte appelle au meurtre de tous les Juifs. Interviewé, son représentant confirme que tout Jérusalem doit devenir la capitale de l’Etat palestinien (ce qui ne peut se faire qu’en éradiquant l’Etat d’Israël et sa population juive).

La corruption du Hamas est évoquée avec l’interview d’étudiants étonnamment libres de leur parole face à la caméra. Le premier affirme que l’aide financière étrangère n’arrive pas dans les poches du peuple et se dit favorable à une solution à deux Etats :

 

 

Ses camarades critiquent le gouvernement, qui a « pris le pays » et à cause de qui « tout est bloqué.

 

 

Moins policé, un « réfugié » maintenu dans cette condition artificielle depuis des décennies dit son désir de retourner « dans son pays » et d’en chasser les Juifs; mais, avoue-t-il, « les dirigeants jouent avec nous. »

 

 

Le reportage assure que de tels témoignage sont facile à obtenir tant le mécontentement est partagé et va visiter l’UNRWA, seule agence onusienne au monde dédiée, depuis plusieurs générations, aux réfugiés d’un seul conflit. Son porte-parole, à qui le reporter demande « Qui est corrompu ? L’UNRWA ? Le Hamas ? Qui empoche l’argent ? » affirme bien sûr que les milliards de dons reçus sur des décennies vont à la population – tout en reconnaissant de manière contradictoire que « la situation politique est corrompue en elle-même. »

 

BDS, musique : d’autres moyens de mener la guerre à Israël

Direction Paris. Avant que la caméra filme l’une des manifestations « BDS » tolérées en France malgré l’illégalité du boycott d’Israël, un visuel frappant dresse une carte de ses soutiens dans les milieux universitaires, économiques, artistiques, gouvernementaux, sans compter les Eglises…

 

 

Des images de l’excellent site Memri, qui ne sont jamais montrées dans les grands médias européens alors qu’elles permettent de comprendre avec quels voisins Israël doit vivre, montrent notamment l’embrigadement des enfants par le Hamas alors qu’un officier israélien explique comment ce dernier s’abrite derrière les « boucliers humains » civils pour mener ses activités militaires. L’officier explique que des stades de foot de Gaza servent de bases de missiles. Cela recadre le point de vue du BDS lorsqu’il accuse Israël de détruire des stades et d’y tuer intentionnellement des joueurs de foot.

 

 

Le reportage donne aussi à voir les manifestations de « Nuit Debout » qui eurent lieu en France et comment BDS y recrutait des activistes. Le député PS Malek Boutih commente : « On voit à la dialectique de l’antisionisme pour cacher l’antisémitisme que le traitement spécifique d’Israël par rapport à toutes les autres nations pose un problème. »

Les censeurs de l’émission n’ont sans doute pas non plus apprécié la visite par l’équipe de tournage d’une usine de plastique d’Ariel attaquable par BDS en raison de son emplacement à Ariel, « ville de Cisjordanie à 40 minutes à l’est de Tel Aviv. » La Cisjordanie étant définie comme « un territoire conquis pendant la guerre de Six jours et qui est depuis géré par Israël – jusqu’à ce qu’un traité de paix règle de quelle manière ce territoire sera réparti. » Arte, qui ne cesse de marteler l’idée que des villes comme Ariel sont des colonies israéliennes en territoire étranger, a dû avoir du mal à avaler une description aussi factuelle. De plus, l’interview d’un manager arabe, s’exprimant en hébreu et qui explique comment « en 30 ans d’expérience de travail avec les Israéliens, il ne m’est encore jamais arrivé quelque chose de mal » n’a rien à voir avec les sempiternels récits sur « l’occupation ». On y voit un Palestinien content de travailler avec les Israéliens. L’émission ajoute qu’ils sont 30,000 comme lui et que c’est une chose avec laquelle le mouvement de boycott voudrait en finir…

 

 

Mais il y a la réalité du terrain, où les pragmatiques sont plus nombreux que ne le disent les médias, et les agitateurs qui soufflent à distance sur la braise.

Massive Attack, Bryan Adams et Roger Waters de Pink Floyd criminalisent Israël et appellent à son boycott. Ils rejoignent en cela des artistes ouvertement islamistes, comme le rappeur Médine que l’émission a interviewé et dont le narrateur résume les dires : « Aux yeux de Médine et d’un grand nombre de ses collègues, les sionistes régissent le monde. »

 

 

L’émission donne à voir deux minutes de la production de ses collègues qui chantent en français ou en allemand, dans un montage de leurs clips où la haine est omniprésente.

 

 

Attentats et violences antisémites en Europe

Après avoir établi que l’antisionisme, devenu la forme la plus virulente de l’antisémitisme, était attisé contre Israël grâce à des soutiens européens – Etats, ONGs…, le film montre que les les Juifs établis sur sol européen et en particulier français en subissent les retombées.

 

 

La triste liste est énoncée. Elle commence avec la torture et le meurtre d’Ilan Halimi. De manière dérangeante, le film rappelle la difficulté qu’eurent la presse et le monde politique d’alors à qualifier le crime d’antisémite. « La majorité a trop peur de conséquences politiques. »

 

 

L’école juive de Toulouse (où il est rappelé que Merah voulait « venger les enfants palestiniens morts »), le musée juif de Bruxelles, l’agression d’un couple chez lui à Créteil sous prétexte que les Juifs ont de l’argent, l’Hyper Cacher…

Les auteurs ne manquent pas de rappeler non plus les menaces qui avaient plané depuis longtemps sur le Bataclan à cause de l’engagement sioniste de ses anciens propriétaires qui collectaient des dons en faveur d’Israël.

« Pourquoi, » demandent-ils, « la majorité de la société a-t-elle autant de mal de qualifier de son véritable nom le terrorisme antisémite ? »

Une grave question qui mérite d’être posée sur grand écran.

L’historien Georges Bensoussan livre son analyse :

« Parce qu’on ne voit plus que la Shoah, on ne comprend pas que l’antisémitisme nouveau qui se développe en France n’est pas de même nature. Ca n’est pas nazi, ça n’est pas la Nuit de Cristal, c’est autre chose. […] L’histoire du sionisme est totalement inculpée. Finalement, à force de présenter les Juifs essentiellement comme des victimes, on les socialise comme des victimes, d’une façon qu’en les défendant on finit presque par justifier la persécution à venir demain. »

Un message qui résonne quand on voit comment Arte commémore la Shoah autant qu’elle inculpe l’actuel Etat d’Israël.

La liste des violences continue, avec celles survenues pendant la guerre de Gaza avec Israël en 2014 : attaque de la synagogue de la Roquette à Paris, émeutes et saccages à Sarcelles…

 

 

François Pupponi, maire PS de Sarcelles qui a connu le triste privilège au second tour des législatives de 2017 d’être le premier candidat à faire face à un adversaire islamiste, reconnaît qu’il y a en France une poussée d’antisémitisme dans laquelle la défense de la Palestine est utilisée comme un détonateur pour attaquer les Juifs, ou en l’occurrence à Sarcelles leur synagogue.

Le film approche de sa conclusion avec l’interview de jeunes ados de Sarcelles qui racontent qu’à Sarcelles « il y a eu un avant 2014 et maintenant », qu’ils vivent « enfermés », subissent des jets de pierre et qu’ils veulent déménager, quitter la France et partir en Israël.

 

 

François Pupponi, leur maire, trouve « insupportable d’entendre un jeune Français de confession juive me dire, Monsieur le maire, on croit plus à la France. […] Je vous demande aujourd’hui entre guillemets « en responsabilité de rester. Parce que si vous partez, la France est morte. […] C’est qu’on ne peut plus vivre sa religion en toute sécurité dans notre pays. […] Donc nous vous demandons de rester, je vous demande de rester, pour sauver la France. »

Mais qui ces imprécations convaincront-elles ? Depuis quand incombe-t-il à une minorité de sauver un pays, quitte à se sacrifier ? On ne sait si le maire s’en rend compte, mais le raisonnement est commode : si les Juifs partent quand même parce que les vrais responsables, les édiles comme lui justement, ont failli à assurer leur sécurité, on pourra toujours les rendre responsables (et avec eux l’Etat d’Israël qui les aura accueillis) de la chute du pays. C’est là le rôle de bouc émissaire si souvent confié aux Juifs en Europe au cours de l’histoire.

 

Bilan : un film qui dérange l’Europe

C’est Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police et fondateur du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme, qui conclut : « Jamais, moi je prétends jamais, les Arabes de France ne se seraient conduits de façon violente contre les Juifs, s’ils n’avaient pas eu le sentiment qu’ils devaient le faire pour être solidaires de leurs compatriotes, leurs coreligionnaires en Palestine. Jamais ils ne l’auraient fait. Mais on leur a donné le sentiment qu’il fallait le faire et que puisque des gens qui les déchaînent font parti du pouvoir, qui sont des maires, qui sont des ministres, se permettaient de le faire, ben, on a fait tout pour faire croire qu’il fallait ça pour justifier leurs attaques et leur soutien. »

Luc Rosenzweig, premier à avoir éventé l’affaire pour le magazine Causeur, disait que le film était censuré parce qu’ « on y met trop en lumière la haine antijuive qui progresse dans la sphère arabo-musulmane et dans une certaine gauche obsédée par l’antisionisme. » Mais c’est peut-être plus grave que cela. Cela déborde le cadre de la « banlieue », de la sphère arabo-musulmane et de la gauche.

Le problème ne vient plus des autres (les fameuses « tensions inter-communautaires » opposant Arabes et Juifs, commodes pour se dédouaner du problème en renvoyant dos à dos les uns et les autres), mais bien de l’intérieur de l’Europe. Cette Europe qu’Arte, l’Association Relative à la Télévision Européenne, promeut depuis son siège de Strasbourg, à deux pas du Parlement européen où Mahmoud Abbas a pu répandre son venin antisémite sous les acclamations de députés européens se levant comme un seul homme, gauche et droite confondues. Cette Europe dont les contribuables des deux plus grand pays, l’Allemagne et la France, financent cette chaîne de télévision toujours prête à commémorer la Shoah mais à qui la dénonciation de la nouvelle haine des Juifs canalisée sur Israël pose problème. Cette Europe qui verse des millions d’euros à des organisations dont le but est de saper les fondements du seul Etat juif. L’Europe aussi, devrait-on ajouter, dont plusieurs pays (pas tous il est vrai) votent régulièrement des résolutions absurdes et antisémites telles que celles que la France a soutenues à l’Unesco et tout récemment à l’OMS. L’Europe dont, InfoEquitable le démontre, les médias désinforment de manière répétée sur Israël – avec pour conséquences des répercussions négatives sur l’image et la sécurité des Juifs d’Europe.

Ce que Sammy Ghozlan dénonce, et avec lui les auteurs du documentaire puisqu’ils en font leur conclusion, ce sont les complicités actives des sociétés européennes jusqu’au plus haut niveau dans la montée de l’antisémitisme. Et si le tort de ce documentaire n’était pas, tout simplement, de renvoyer en miroir leur image à ses commanditaires ?

 

« Elus et exclus : La haine des Juifs en Europe » sera diffusé mercredi 21 juin 2017 à 23h00 sur Arte.

A noter que l’AFP, qui annonce cette diffusion, lui donne un autre nom… d’où la mention de l’Europe disparaît : « Les nouveaux visages de l’antisémitisme ». Il sera intéressant de voir comment le film apparaît à l’écran.

Vous avez aimé cet article ? Suivez InfoEquitable sur Facebook et Twitter.


Images : captures d’écran Youtube

Auteur : © InfoEquitable. Si vous souhaitez reproduire cet article, merci de demander ici une autorisation écrite préalable.

Dernier commentaire
  • Excellente analyse. Ce reportage est en effet d’une qualité rare puisqu’il démontre l’hideuse réalité de l’anti-sémitisme arabo-européen, lequel a toujours existé, mais qui maintenant se manifeste de manière accrue sous couvert d’anti-Israélisme. Il mérite d’être vu urbi et orbi et soigneusement analysé. Il serait aussi extrêmement utile de pouvoir disposer d’une version en anglais (audio ou sous-titrée), une en hébreu et une en arabe. Je ne doute pas que ce sera le cas bientôt.

Commenter