AccueilVeille médiasInondations à Gaza: RFI ressort un vieux mensonge déjà réfuté par l’AFP en 2015

Inondations à Gaza: RFI ressort un vieux mensonge déjà réfuté par l’AFP en 2015

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Une vieille calomnie anti-israélienne, ressortie à chaque fois que l’eau déborde à Gaza, veut qu’Israël ouvre les vannes de ses barrages pour noyer son voisin. Problème : les barrages n’existent pas. Et cette fake news a été formellement démentie par l’AFP il y a sept ans. RFI a modifié le texte suite à l’intervention d’InfoEquitable – lire les détails à la fin de cet article.

 

Radio France internationale a diffusé le 17 janvier un reportage sur les inondations à Gaza.

 

 

Le journaliste Sami Boukhelifa y explique que Gaza souffre d’inondations dont la cause principale seraient « Les bombardements israéliens et les guerres à répétition, (qui) ont détruit les infrastructures de base » – sans pour autant donner la parole à aucun interlocuteur israélien.

Le reportage couvre uniquement Gaza, bien que le correspondant soit basé à Jérusalem et que plusieurs villes israéliennes aient souffert des mêmes intempéries – lesquelles ont même touché tous les pays de la région : l’AFP rapporte ainsi quatre morts en Egypte, tandis que le Liban a aussi essuyé la tempête.

C’est cependant l’affirmation de la seconde partie du reportage, accablant là aussi Israël, qui nous a le plus surpris : « Selon Mohamed Bakri, président du comité agricole de Gaza, là aussi Israël a une part de responsabilité : « Je ne suis pas en train de dire qu’Israël fait exprès de noyer Gaza. Mais Israël a construit plusieurs barrages en amont, qui bloquent l’écoulement naturel des rivières qui traversent Gaza. Et à chaque fois qu’il y a de fortes précipitations, les Israéliens ouvrent les vannes de leurs barrages pour évacuer leur surplus d’eau, et c’est le déluge ici, ça provoque aussi l’érosion de nos terres agricoles ». »

 

Le mea culpa de l’AFP en 2015

En 2015l’AFP avait lancé la même accusation puis s’était rétractée dans cette dépêche. L’agence précisait :

 

Devant une nouvelle crue dimanche, les autorités locales se sont empressées de publier un communiqué libellé « urgent » pour dénoncer les agissements israéliens.

L’AFP a repris ces allégations à son compte dimanche 22 février dans une vidéo et des photos des inondations dans le village d’Al-Moghraqa. Le script et les légendes indiquaient qu’Israël avait ouvert les vannes d’un barrage. La vidéo faisait parler des résidents accusant ouvertement Israël.

Seulement, il n’existe côté israélien aucun barrage où on pourrait jouer sur le débit de l’eau, selon un déplacement de journalistes de l’AFP sur le terrain et des entretiens avec des responsables et des experts israéliens et étrangers.

 

Le titre sans équivoque de la dépêche AFP de 2015 dans sa version en anglais, « Inondations à Gaza : dissiper le mythe des « barrages » israéliens »

 

Le mea culpa de l’AFP ne laissait pas la place au doute :

 

« Il n’y a sur le Nahal Bessor aucun barrage qu’on puisse ouvrir ou fermer, il n’y a donc rien ni pour causer, ni pour prévenir une crue », dit à l’AFP Nehemia Shahaf, chef de l’autorité du réseau hydrologique du Néguev. 

« A ma connaissance, il n’y a pas de barrage du côté israélien et le terrain ne se prête pas à la construction d’un barrage », abonde le Dr Julie Trottier, spécialiste belge au Centre de recherche français à Jérusalem. Pour elle, avec les fortes précipitations, « les eaux ont monté et conflué ».

 

Un responsable des services de l’eau à Gaza confiait même à l’AFP reconnaître « « une part de responsabilité palestinienne ». « La zone inondable autour du Wadi Gaza est d’environ 70 à 100 mètres. Mais, à certains endroits, on a construit et cultivé illégalement, et la zone ne fait plus que 15 ou 20 mètres ». »

 

Le Hamas directement mis en cause par d’autres Palestiniens

Le 18 janvier, lendemain de la parution du reportage de RFI, c’est dans le Jerusalem Post que l’on apprenait que l’accusation relayée par RFI ne faisait pas l’unanimité chez les Palestiniens eux-même.

Le journal israélien rapporte en effet qu’un ministre de l’Autorité palestinienne (aux mains du Fatah, parti opposé au Hamas qui gouverne la bande de Gaza) « a tenu le Hamas pour responsable des récentes inondations provoquées par de fortes pluies dans la bande de Gaza ».

 

 

Le quotidien ajoute que Majdi al-Saleh, ministre de l’AP chargé des collectivités locales, « a accusé lundi le Hamas de détourner des fonds destinés à des projets d’infrastructures vers la construction de tunnels. »

 

« Le Hamas porte la responsabilité de la tragédie qui s’est déroulée dans la bande de Gaza ces deux derniers jours », a déclaré Saleh à la station de radio officielle de l’AP, la Voix de la Palestine, en référence aux inondations qui ont touché plusieurs zones de la bande de Gaza dirigée par le Hamas. « Le gouvernement de facto [du Hamas] doit verser des fonds aux municipalités et financer leurs projets au lieu de dépenser l’argent pour d’autres canaux, qui sont souvent souterrains. »

 

Autrement dit, l’argent siphonné par le Hamas pour construire des tunnels à usage militaire destinés à attaquer Israël fait défaut pour financer les infrastructures civiles dont la population a besoin.

Voilà qui nuance sérieusement le tableau dessiné par le correspondant de RFI.

 

Les mythes de la question de l’eau

La spécialiste belge interrogée par l’AFP en 2015 ajoutait que « La question de l’eau suscite « beaucoup de mythes dans les Territoires palestiniens et en Israël » ».

On sait effectivement que la symbolique de l’eau est régulièrement utilisée pour diaboliser Israël (InfoEquitable en a relevé des exemples ici, ici et ici) et peut faire écho aux vieilles accusations anti-juives moyenâgeuses d’empoisonnement des puits. L’inconscient d’une partie du public européen est alors susceptible de réactiver des préjugés dangereux, tout cela sur la base d’un mensonge.

Raison de plus pour que les journalistes soient prudents et vérifient leurs sources quand il est question de ce thème.

L’information diffusée ce lundi étant manifestement inexacte, InfoEquitable a écrit au médiateur de RFI afin de demander que le reportage soit rectifié et fasse l’objet d’un rectificatif.

 

Mise à jour 19/01/2022 : RFI modifie l’article en réaction à l’intervention d’InfoEquitable

Le lendemain de notre intervention, RFI a modifié l’article, en mentionnant enfin le point de vue israélien.

 

 

InfoEquitable est heureux de ce rééquilibrage – bien que la fausse information reste en ligne et que la correction se réfère aux « autorités de l’Etat hébreu » comme si c’était une question partisane, alors que les faits ont été établis sans ambiguïté par l’AFP. Les barrages n’existent tout simplement pas et l’information mériterait d’être retirée ou assortie d’excuses complètes afin que les auditeurs trompés ne restent pas sur cette allégation mensongère.

Une précision encore : un de nos followers sur Twitter a attiré notre attention sur le fait que le « comité agricole de Gaza » présidé à Gaza par Mohamed Bakri, qui profère le mensonge dans l’article, est connu sous son nom complet comme le Union of Agricultural Work Committees (UAWC), une organisation étroitement liée au FPLP classé terroriste par Israël, les USA et l’UE (voir la page de NGO Monitor concernant UAWC). Voilà à quel type de source le correspondant de RFI Sami Boukhelifa s’est fié pour informer les auditeurs de la radio du service public.

 

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Auteur : InfoEquitable

Image : Capture d’écran YouTube

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