AccueilRessourcesEclairagesL’amnésie d’Amnesty : comme si l’Histoire avait commencé en 1967

L’amnésie d’Amnesty : comme si l’Histoire avait commencé en 1967

Quand Amnesty International réécrit l’Histoire pour pousser les géants du tourisme en ligne à boycotter les résidents juifs des territoires disputés.

 

Amnesty International a initié une campagne pour inciter les quatre principales plateformes internationales de location d’hébergements sur internet – Airbnb, Booking.com, Expedia et TripAdvisor – à « ne pas présenter d’hébergements, d’activités ou d’attractions dans les colonies et ne pas promouvoir les services touristiques proposés par des colons dans les TPO ». En clair, il s’agit de boycotter les propriétaires juifs résidant en Judée-Samarie / Cisjordanie et dans la partie orientale de Jérusalem.

Les effets économiques que cette campagne pourrait avoir sur l’économie israélienne sont assez discutables, puisque celle-ci ne cesse de croître malgré les autres efforts du mouvement BDS qui utilise le boycott comme une arme contre l’Etat juif. C’est surtout au niveau de l’opinion publique internationale qu’un impact est recherché, avec l’écho que donnent les médias à un rapport qui cache ses motivations politiques sous l’estampille d’une « ONG » (pas si non gouvernementale que ça au demeurant, si l’on examine certains de ses financements étatiques exposés par NGO Monitor). En dépeignant les Juifs comme des voleurs de terres qu’il faut ostraciser (à la manière du boycott nazi des magasins juifs dans les années 30) et en accusant l’Etat juif de « crimes de guerre » alors qu’il n’est nulle part question dans le rapport de torture ou d’exactions malheureusement courantes dans des pays sans doute pas assez juifs pour être jugés aussi durement par Amnesty, c’est la haine contre les Juifs – partout, y compris en Europe – que risque d’attiser cette campagne.

Les lecteurs d’InfoEquitable pourront se faire leur propre idée en consultant directement le rapport d’Amnesty International, disponible en anglais et, sous une forme plus condensée, en français.

 

 

L’obsession en chiffres

Le rapport en anglais, long de 96 pages, ne contient pas moins de 393 références à « l’occupation » (y compris ses variantes « occupé », etc.). Mais ce n’est rien à côté des « settlements » et « settlers » (colonies et colons) : on les y recense 879 fois !

Plus de 10 fois par page, le lexique martèle ainsi une grave accusation : les Juifs se seraient accaparés une terre sur laquelle ils n’auraient aucun droit.

 

Les dinosaures se sont-ils éteints en 1967 ?

A l’appui de cette thèse, Amnesty International donne sa vision de l’Histoire dans un paragraphe présentant « les colonies de peuplement israéliennes en Cisjordanie » :

 

Outre les quelque trois millions de Palestiniens qui y vivent, on dénombre en Cisjordanie environ 600 000 colons israéliens installés sur ce territoire, dont 200 000 dans Jérusalem-Est occupée. Israël s’est emparé de la Cisjordanie, et aussi de la bande de Gaza, lors de la guerre avec ses voisins arabes en 1967. Elles forment à elles deux les TPO. Depuis 1967, le gouvernement israélien mène un politique de promotion de la création et de l’extension des colonies israéliennes dans les TPO. Il existe actuellement environ 250 colonies.

 

L’Histoire selon Amnesty, cela commence en… 1967 ! A croire que la préhistoire, ses dinosaures et ses hommes de Cro-Magnon ont perduré jusqu’en 1966, et que rien de notable n’eut lieu jusque là dans la région. Pas un mot sur les trois millénaires qui ont précédé. Rien sur la naissance de la civilisation juive justement en Judée, autour de la ville de Jérusalem où s’élevait le Temple. Rien sur la manière dont la présence arabe se développa plus tard, arrivant par la conquête. Ni sur le plan de partage de l’ONU de 1947, refusé par les Arabes qui attaquèrent Israël ce qui conduisit, en 1949, non pas Israël mais la Transjordanie (future Jordanie) à s’emparer de la « Cisjordanie » et à donner du même coup à la Judée et la Samarie ce nom qu’elles n’avaient jamais porté jusque là.

Quant à 1967, année zéro du calendrier amnésique amnéstien, Amnesty oublie soigneusement de dire que la « guerre avec les voisins arabes » d’Israël fut provoquée par ces voisins turbulents, qui perdirent les territoires de Cisjordanie et Gaza conquis 19 ans plus tôt au profit de l’Etat juif qu’ils avaient une nouvelle fois tenté d’éliminer par les armes .

C’est cet effacement de l’Histoire qui permet à Amnesty, une fois les Juifs présentés comme s’ils étaient subitement arrivés de l’espace en 1967 pour s’emparer d’une terre avec laquelle ils n’auraient jamais eu aucun lien, d’utiliser l’arme lexicologique absolue : rebaptiser les Juifs vivant sur leurs terres ancestrales, y compris dans la partie orientale de Jérusalem qui comprend les lieux saints juifs, qui deviennent des « colons » , des intrus à éliminer.

 

Faire comme si les accords d’Oslo n’avaient aucune importance

Les accords d’Oslo sont l’autre grand oubli d’Amnesty.

Pour illustrer son propos, l’organisation propose cinq « cas pratiques » : Kfar Adumim – Khan al Ahmar; Shiloh – Qaryut/Jalud; Susya – Khirbet Susiya; la Cité de David – Silwan; et Hébron. Tous ces sites sont situés dans des zones sous administration israélienne en vertu des accords d’Oslo : zone C, zone H2 pour Hébron, et partie orientale de Jérusalem.

Dans la version anglaise, les accords d’Oslo et les zones qu’ils ont mises en place sont brièvement mentionnés. Sans expliquer qu’ils ont été signés à l’époque par Israël et par l’OLP : les Palestiniens ont donc eux-mêmes consenti à ce qu’Israël administre la zone C tant qu’un accord définitif ne serait pas trouvé. Ce qui fait que, si l’on peut bien sûr examiner et au besoin critiquer la manière dont Israël administre ces territoires, l’Etat juif n’en est pas un occupant illégitime mais l’administrateur légal jusqu’à nouvel ordre.

Plutôt que d’avouer cette réalité, Amnesty chausse ses lunettes idéologiques et prend même la liberté d’affirmer que les accords « établirent l’Autorité palestinienne (l’AP, maintenant connue comme l’Etat de Palestine) ». Par l’ajout de cette parenthèse, Amnesty prend ses désirs pour des réalités : l’ONU n’a pour le moment jamais reconnu d’« Etat de Palestine »

Dans la version française du rapport, 33 pages tout de même, c’est encore plus simple : le mot « Oslo » n’est pas énoncé une seule fois. On y trouve 305 occurrences de « colonies » et « colons », mais les auteurs n’ont pas même réussi à évoquer les accords qui sont aujourd’hui le cadre de référence selon lequel la région est gouvernée.

Notons que si Amnesty juge gênante la pratique du tourisme dans certains endroits, ce n’est pas du tout dans l’esprit des accords d’Oslo. Ceux-ci stipulent que des opérateurs touristiques de chaque côté (israélien ou palestinien) peuvent travailler de l’autre côté.

Les faits sont gênants ? Oublions-les ! En effaçant à la fois l’histoire ancienne du peuple juif et les arrangements politiques récents conclus avec les Palestiniens, Amnesty International peut entreprendre son œuvre de délégitimation de l’Etat juif.

 

Les médias mobilisés pour diffuser la campagne

Bien sûr, une campagne d’une telle envergure s’accompagne d’une opération de communication bien préparée dans les médias.

L’Agence France-Presse a apporté sa contribution avec une dépêche. On pourrait espérer que les journalistes fassent un travail d’analyse lorsqu’ils répercutent un tel rapport ; mais non, l’AFP a, dans sa relativement courte dépêche, reproduit le manque de contexte historique et parlé 14 fois de « colons » et « colonies » ; mais pas une seule fois des accords d’Oslo.

 

 

Paris Match Belgique n’a pas hésité à soutenir encore plus la campagne, non seulement en reprenant dans son titre, comme l’AFP, l’une des accusations les plus outrancières du rapport, celle de « crime de guerre », mais aussi en retirant la référence à Amnesty pour faire de cette accusation une affirmation ayant valeur d’information vérifiée.

 

 

Car pour Amnesty International, « favoriser l’industrie du tourisme dans les colonies et, en conséquence, l’essor économique des colonies » serait constitutif d’un crime de guerre. Quelle horreur, aider des gens à gagner leur vie !

Des crimes de guerre, des vrais, il y en a tous les jours à un saut de puce de là, en Syrie. Des régions occupées, des vraies, il y en a aussi en Syrie (par la Turquie) et dans d’autres pays où le tourisme marche bien (Chypre-Nord – par la Turquie encore, Tibet…). Mais cela ne dérange pas Amnesty qui s’est donné comme priorité pour 2019 de s’en prendre à l’Etat juif.

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