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La Fédération internationale des journalistes tient congrès au sultanat d’Oman

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Coutumière des prises de positions anti-israéliennes, la FIJ s’est réunie à Mascate, capitale du sultanat d’Oman. Le pays est classé 163e pour la liberté de la presse. Mais le sultan est paraît-il fort accueillant.

 

La mascarade continue à la Fédération internationale des journalistes (FIJ). 

Cette fédération syndicale internationale, qui affirme rassembler 600.000 professionnels dans 146 pays (mais pas en Israël, les Israéliens en sont exclus), a toujours fait preuve d’une grande complaisance dans la fréquentation des potentats arabes.

Ne dérogeant pas à la règle, la FIJ a tenu du 31 mai au 3 juin son 31e congrès à Mascate (Oman) lors duquel elle a élu son nouveau bureau exécutif.

 

 

Les syndicats de journalistes français (SNJ, CGT, CFDT…) étaient tous présents à Mascate.

La réunion a donné lieu à un classique rituel anti-israélien.

Une minute de silence a été observée à la mémoire de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh, à laquelle l’ensemble des médias arabes ont conféré – sans la moindre preuve ni enquête – le statut de victime de l’armée israélienne.

 

 

A la tribune, Me Bertrand Repolt, un pénaliste parisien ayant pour l’occasion effectué le voyage, a annoncé le dépôt d’une plainte des syndicats de journalistes français contre la firme israélienne NSO, coupable aux yeux des congressistes d’avoir conçu le logiciel espion Pegasus…

 

 

… A en juger par les tweets diffusés sur le site de la FIJ, cette plainte ne semble pas viser les nombreux clients utilisateurs du logiciel, au premier rang desquels des pays comme le Maroc, l’Arabie saoudite, ou les Emirats arabes unis.

 

Piètre liberté de la presse à Oman

Pour le reste, le congrès s’est déroulé dans une excellente atmosphère.

Cela est d’autant plus notable que le sultanat d’Oman n’est pas spécialement réputé pour son respect de la liberté de la presse.

Selon le dernier classement de Reporters sans frontières (RSF), Oman est en queue de peloton à la 163e place sur 180 (la situation a même empiré par rapport à 2021 où le sultanat se classait 133e).

 

 

Selon l’état des lieux dressé par RSF, la situation des journalistes n’est guère reluisante à Mascate et aux alentours :

« L’autocensure est la règle dans ce sultanat paisible, où les critiques du sultan Haïtham ben Tariq ou de son cousin et prédécesseur Qabus ibn Saïd ne sont pas admises », avertit d’emblée Reporters sans frontières.

« La presse indépendante est prise pour cible dès qu’elle s’intéresse d’un peu trop près à des sujets sensibles, telle la corruption. Entre 2016 et 2021, les rares journaux indépendants et critiques, Azamn, Al-Balad et le magazine en ligne Muwatin ont été fermés ou ont dû suspendre leurs activités à la suite de pressions politiques. Le journalisme omanais se caractérise par une couverture exagérément positive de l’actualité dans le but de communiquer une bonne image du pays. Les reporters se limitent aux informations reçues des institutions gouvernementales et privées. Toute forme de critique est mal perçue. Bien que la liberté d’expression et de la presse soient garanties dans la Constitution, le code pénal les limite grandement.  Toute publication jugée “insultante” envers la famille royale, le régime du sultanat, l’islam, l’économie du pays ou simplement les mœurs entraîne la condamnation de son auteur à une amende ou une peine de prison. Une autorisation du ministère des Médias est nécessaire pour exercer le métier de journaliste (…) les journalistes et blogueurs sont souvent interpellés, parfois détenus au secret et condamnés à des peines d’emprisonnement ».

 

La FIJ participe à une opération de propagande

Face à ce constat accablant, comment expliquer que la Fédération internationale des journalistes ait choisi le confortable palace JW Mariott Muscat pour y tenir ses débats quatre jours durant ?

 

Le JW Mariott Muscat où les journalistes ont été accueillis

 

Un début de réponse est apporté par RSF. 

« Le sultanat d’Oman organise régulièrement des voyages de presse et accueille même des événements pour la promotion du journalisme, qui sont autant d’occasions de faire venir des professionnels de l’information du monde entier », révèle sur son site Reporters sans frontières qui conclut que « ces rencontres servent de vitrines » afin d’assurer la promotion du pays.

 

Une journaliste française élue à la présidence de la FIJ

C’est donc à cette mascarade que se sont prêtés les adhérents de la FIJ au sein de laquelle les syndicats de journalistes français sont très actifs.

C’est d’ailleurs une journaliste française, Dominique Pradalié, ancienne rédactrice en chef à France 2 et dirigeante du SNJ qui a été élue présidente de la FIJ à l’issue du congrès.

 

Dominique Pradalié à l’issue de son élection

 

Pour mémoire, Dominique Pradalié avait participé en novembre 2018 à une réunion de la FIJ qui se tenait cette fois à Ramallah, sous les auspices de l’Autorité palestinienne.

 

 

InfoEquitable avait décrit par le menu cet événement à l’occasion duquel une carte de presse honorifique avait été décernée au Premier ministre palestinienLes journalistes présents avaient également organisé une manifestation « contre l’occupation » en direction d’un check-point israélien. Les soldats de Tsahal avaient stoppé le cortège par de très classiques tirs de lacrymogènes.

 

Ramallah novembre 2018

 

Dans un tweet pas vraiment équilibré, Dominique Pradalié avait passé sous silence cette manifestation et accusé les soldats israéliens d’avoir « brutalement gazé » les journalistes lors d’une « conférence de presse »…

 

 

La FIJ toujours la bienvenue à Ramallah

Trois ans avant cet épisode, en novembre 2015, la FIJ avait déjà tenu congrès à Ramallah, toujours sous l’égide de la très démocratique Autorité palestinienne.

Très honoré d’être reçu par le Raïs palestinien Mahmoud Abbas, le secrétaire général de la FIJ Anthony Bellanger avait tenu à immortaliser l’instant en postant la photo de la rencontre sur Twitter.

 

 

Dans ses prises de parole, il avait aussi défendu une conception très militante du journalisme palestinien.

 

 

La lutte des Palestiniens, toutes factions confondues, est manifestement une cause centrale pour la Fédération internationale des journalistes.

Le dernier congrès en Oman s’inscrit dans cette droite ligne, jamais démentie.

Rien de nouveau sous le soleil de Mascate.

 


Pour approfondir le sujet, d’autres articles d’InfoEquitable :

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