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Mort d’Abou Thouraya: que s’est-il vraiment passé?

Après sa mort en décembre dernier, l’activiste palestinien en fauteuil roulant avait été hâtivement présenté par les médias comme un « martyr tué par l’armée israélienne ». De nouvelles incohérences entre des images censées représenter ses derniers instants viennent renforcer les soupçons de mise en scène.

Ces nouveaux éléments rapportés par nos confrères de CAMERA viennent s’ajouter aux doutes émis peu après les faits par InfoEquitable. Alors que l’Agence France-Presse (AFP) affirmait que l’amputation du défunt résultait de frappes aériennes israéliennes, nous avions rappelé que son passé au sein des forces armées palestiniennes lui avait déjà valu des blessures anciennes aux jambes; nous avions aussi critiqué la manière dont l’AFP avait propagé la thèse de la mort d’Abou Thouraya sous les balles israéliennes tout en taisant le premier démenti de l’armée israélienne affirmant n’avoir jamais ciblé l’activiste handicapé.

InfoEquitable était revenu sur l’affaire lorsque l’armée israélienne avait confirmé être certaine de ne pas avoir tiré à balles réelles sur Ibrahim Abou Thouraya : un élément que l’AFP avait tronqué d’une nouvelle dépêche tout en continuant d’appuyer la thèse palestinienne de la « balle israélienne dans la tête », ce que nous avions qualifié de « fraude journalistique majeure ».

A cette occasion, nous avions estimé qu’une vidéo prétendant montrer les derniers instants d’Ibrahim Abou Thouraya « présentait toutes les caractéristiques d’un faux document de propagande » (c’est la première vidéo de la démonstration qui suit). Les nouvelles recherches que CAMERA présente dans la suite de cet article vont exactement dans ce sens.

Le 15 décembre 2017, Ibrahim Abou Thouraya, un double amputé, était tué près de la frontière de la bande de Gaza avec Israël pendant des affrontements violents avec les forces israéliennes. Les Palestiniens affirmèrent qu’il avait été tué par un sniper de l’armée israélienne, mais une nouvelle enquête approfondie menée par CAMERA soulève de nombreuses questions sur la version des événements rapportée par les sources d’informations palestiniennes.

CAMERA a déjà examiné d’autres aspects de l’affaire Abou Thouraya, obtenant plusieurs corrections dans les médias à propos des conditions troubles de sa mort ainsi que de la manière dont il avait perdu sa jambe (une ancienne vidéo retrouvée par Associated Press révélait que ce dernier événement était arrivé au cours de sa participation dans des violences contre les forces israéliennes, et non pas pendant une frappe aérienne israélienne comme sa famille l’avait prétendu).

Presspectiva, le département hébreu de CAMERA, avait relevé que des vidéos filmées peu avant qu’Abou Thouraya rejoigne les émeutes à la frontière le montraient en train de déclarer son désir de mourir « en martyr ». L’absence de photos de la blessure d’Abou Thouraya juste après qu’il ait été tué par balle alors même qu’il existait de nombreuses autres images de l’incident avait aussi été relevée.

En mars, l’armée israélienne avait publié les résultats de son enquête, dans laquelle elle concluait que les soldats avaient arrêté de faire feu au moins une heure avant le moment auquel les Palestiniens affirment qu’il a été tué.

Presspectiva a depuis trouvé encore d’autres incohérences dans les informations fournies par les sources palestiniennes, soulevant de nouvelles questions sur la mort d’Abou Thouraya.

 

La première vidéo

L’agence de presse Shehab, affiliée au Hamas, a diffusé deux vidéos complètement différentes prétendant toutes les deux montrer la mort par balles d’Abou Thouraya.

La première vidéo a été publiée sur la page Facebook de Shehab le 15 décembre 2017, jour de la mort d’Abou Thouraya. La vidéo était accompagnée du titre : « Le moment de la mort du martyr Ibrahim Abou Thouraya par les balles de l’occupation à l’est de Gaza » :

 

 

Dans cette vidéo, Abou Thouraya apparait d’abord dans une chaise roulante avec trois autres hommes à ses côtés. On le voit ensuite en train d’être évacué, supposément juste après avoir été tué.

Le soleil est bas dans un ciel sombre, suggérant une heure proche du coucher du soleil. Les gens qui entourent Abou Thouraya portent des manches longues et des pulls ou des vestes. Abou Thouraya est porté par un homme vêtu d’une chemise à manches longues et d’une casquette noire, assisté par un homme portant une veste beige, une chemise sombre et un jean. Aucun ne porte de lunettes. Ils sont accompagnés par un attroupement d’hommes qui crient fort sans que l’on puisse comprendre ce qu’ils disent.

 

Début de la vidéo (00:04) ; Abou Thouraya est transporté (00:23)

 

La seconde vidéo

Une seconde vidéo a été publiée sur la page Facebook de Shehab le jour suivant, 16 décembre, avec le titre : « Il a fait le signe de la victoire [c.à.d. un « V » avec ses doigts] et il est mort en martyr… le moment de la mort en martyr de l’amputé Ibrahim Abou Thouraya par les balles de l’occupation qui ont frappé sa tête pendant le vendredi de colère ».

 

 

Cette vidéo montre une scène complètement différente : là, le temps est ensoleillé et clair plutôt que sombre, et la foule n’est pas aussi grande, composée essentiellement de jeunes gens portant des manches courtes plutôt que des manches longues et des vestes. Le film commence avec des secouristes palestiniens en uniforme s’éloignant de la caméra en courant, suivis par un homme portant Abou Thouraya dans ses bras qui semble porter l’uniforme d’un secouriste – chemise blanche à manches courtes et pantalon rouge. Il porte des lunettes de soleil et pas de casquette. Le jeune homme accompagnant Abou Thouraya et les médecins entonnent un chant « Allahu Akhbar », répétitif et distinct contrairement aux cris incompréhensibles de la première vidéo.

Bien qu’Abou Thouraya vienne apparemment de recevoir une balle dans la tête, il maintient sa tête redressée et lève ses mains en faisant le signe de la « victoire » avec ses doigts. Au centre de son front, une tache rouge semble indiquer une blessure. Le sauveteur place Abou Thouraya dans une ambulance et bande alors le front du patient.

 

Dans les bras du sauveteur (00:16); Se couchant dans l’ambulance (01:04)

 

La blessure fatale à la tête d’Abou Thouraya

En contraste avec la première, la seconde vidéo semble montrer la blessure à la tête censée avoir causé la mort d’Abou Thouraya. Selon des documents du Croissant rouge palestinien, la plaie était située au-dessus de son œil gauche.

Dans la vidéo, cependant, il n’y a aucun signe de blessure au-dessus de l’œil gauche d’Abou Thouraya et seule une grande tache rouge est visible en haut la partie centrale de son front.

 

 

Incohérence supplémentaire, la photo d’Abou Thouraya diffusée lors de ses funérailles montre deux taches rouges distinctes au-dessus de chacun des yeux – une tache concentrée, dense au-dessus de l’œil gauche et une trace plus longue mais plus légère au-dessus de l’œil droit.

 

 

Le fait qu’il reste la moindre trace de sang sur le défunt au moment des funérailles soulève en soi des questions : il y a une obligation dans l’islam de nettoyer minutieusement le défunt avant ses funérailles et son enterrement. Plus bizarre encore est le fait que les blessures se situent dans un endroit complètement différent que dans la première vidéo qui prétendait montrer la mort d’Abou Thouraya.

Les photos suivantes permettent de comparer la blessure de la seconde vidéo (photo de gauche) et celle de la photo des funérailles (photo de droite). Les blessures ne sont clairement pas au même endroit. Il n’y a pas de trace sur la photo des funérailles de la blessure visible dans la vidéo, et vice versa – la vidéo ne montre aucune trace des blessures visibles sur la photo des funérailles. Cela soulève de sérieuses questions sur la crédibilité d’une ou des deux images.

 

 

En résumé

L’enquête de l’armée israélienne a conclu que les tirs des snipers ont cessé au moins une heure avant le moment où il a été rapporté qu’Abou Thouraya a été touché. Deux vidéos séparées montrent le moment où Abou Thouraya a été tué « en martyr » par les troupes israéliennes. Mais des incohérences entre l’heure de la journée à laquelle l’événement s’est produit, la météo à cette heure, et le nombre et l’identité des participants, suggèrent deux scènes entièrement différentes.

Les deux vidéos montrent ostensiblement la blessure qui a causé la mort d’Abou Thouraya, mais la blessure ne peut être visible clairement que dans la deuxième vidéo. Une photo diffusée pendant les funérailles montre ce qui semble être du sang encore présent sur le visage du défunt, quelque chose qui serait contraire à la pratique musulmane de préparation d’un corps pour des funérailles et un enterrement. En outre, une comparaison entre la localisation apparente de la blessure dans la vidéo et celle de la photo des funérailles montre deux emplacements différents.

Cela soulève des questions :

  • Pourquoi deux vidéos différentes du même incident ont-elles été diffusées ?
  • Pourquoi les deux vidéos ont-elles été filmées à des heures dfférentes de la journée (ou peut-être même pas le même jour) avec des personnes différentes entourant et portant Abou Thouraya ?
  • Pourquoi des taches de sang visibles ont-elles été laissées sur le visage d’Abou Thouraya lors de ses funérailles, en contradiction avec la pratique musulmane ?
  • Pourquoi les deux photos – dans la vidéo et celle des funérailles – montrent-elles des blessures à des endroits complètement différents du visage ?
  • Comment et quand est-ce qu’Abou Thouraya est vraiment mort ?

 

Conclusion

Les questions posées par cet incident vont bien au-delà du cas personnel d’Abou Thouraya. C’est la démonstration d’un mécanisme de propagande consistant à mettre en scène les blessures et la mort d’une personne qui a prévu son « martyr » et qui le voit positivement, comme sa contribution à une campagne contre l’Etat juif.

Une vidéo dans laquelle Abou Thouraya grimpe sur un poteau électrique pour y accrocher le drapeau palestinien indique que lui et les organisateurs des émeutes comprenaient l’impact potentiel de la mort de cet homme pour toucher l’opinion publique. Sa mort était inévitable Au-delà de la question de quand et comment exactement Abou Thouraya est mort, il y a celle de savoir combien d’autres « Abou Thourayas » existent et combien d’autres seront sacrifiés dans le futur.

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Auteur : Tal Raphael, CAMERA

Adaptation française : InfoEquitable (article original paru le 22 juin 2018 sur le site de CAMERA)

Si vous souhaitez reproduire cet article, merci de demander ici une autorisation écrite préalable.

Derniers commentaires
  • Imparable, bravo. Gageons que ces questions ne seront jamais posées dans les médias français.
    Et que, quand bien même elles le seraient, les falasinolâtres continueraient à mentir effrontément.
    Et que le peuple français continuerait à s’en moquer royalement, car il n’a toujours pas compris que nous avons le même ennemi.

  • Pourquoi se poser autant de questions!? Il est évident que ce n’est pas le même homme – la moustache et la barbe sont plus fournies chez le “mort”…. Les blessures sont laissées exprès. Ils se sont arrangés avec “Allah”…! Pas le même homme qui le transporte! Pas la même foule! Tout cela est de la mise en scène! Quant à savoir laquelle est la plus vraie ? Je pense au mort à la /moustachebarbe plus fournies. Des malades!

    PS: Il faudrait une photo dudit « palestinien » vivant pour pouvoir différencier les deux « morts »…… Il n’en reste pas moins que CE N’EST PAS LE MÊME HOMME!

  • Ce n’est pas le même bonhomme. Sur la photo de gauche son front est large, sa barbe est plus petite, alors que sur celle de droite son front est étroit et sa barbe plus fournie.

  • Il en existe un plein placard de fabrications de faux (mises en scène) de la part des Arabes pour criminaliser les Israéliens.

  • Merci à Camera et à InfoEquitable de revenir sur ce problème,car la diffusion des vidéos mais aussi des photos soulève un autre probleme. La figure des deux « morts » ne semble pas etre la même.
    Le premier qui a une tache rouge au milieu du front a une moustache fine et une barbe courte et est manifestement partiellement rasé. Le second défunt qui a deux taches sur le front, une au dessus du sourcil gauche et l’autre au dessus du sourcil droit a une barbe et une moustache extrement fournies.
    Comme le faisait remarquer le precedent commentaire ce n’est pas le meme homme.

  • Le plus incompréhensible n’est pas que les médias se fassent tromper. Cela est arrivé et arrivera encore. Mais que les média n’aient aucun esprit critique face à des gens qui les ont délibérément et répétitivement trompés relève de la complicité consciente, de l’engagement partial ou de l’imbécilité crasse. Il n’y a aucune autre explication plausible.

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