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Quand Rima Hassan propage de fausses citations de Ben Gourion

Au cours d’un débat organisé l’automne dernier par France 5 autour des 30 ans des accords d’Oslo, l’activiste pro-palestinienne et désormais candidate LFI aux élections européennes Rima Hassan a cru bon de diaboliser Israël à travers des citations du premier dirigeant de l’Etat juif. Problème : chacune de ces citations était fausse.

 

L’émission C se soir du 13 septembre 2023, présentée par Karim Rissouli sur France 5 à l’occasion du trentième anniversaires des accords d’Oslo, posait une question à l’allure inquisitrice : « Israël : la fin d’une démocratie ? ». Les invités étaient sommés de se positionner sur la pertinence de la qualification d’« apartheid » pour décrire les relations entre Israéliens et Palestiniens.

A Alain Dieckhoff, Vincent Lemire, Thomas Vescovi et Pascale Zonszein s’est jointe une cinquième invitée, Rima Hassan.

Celle-ci, se présentant comme une « réfugiée palestinienne » née en Syrie, a tenu des propos particulièrement virulents à l’encontre d’Israël, estimant qu’il y avait une « logique raciste dès la naissance d’Israël ».

 

 

Les fidèles lecteurs d’InfoEquitable se doutent que telles paroles ne sont de notre point de vue rien d’autre que des calomnies infondées visant à diaboliser l’Etat juif. Mais après tout, peut-être notre appréciation pourrait-elle être faussée par notre attachement un peu trop fort à ce pays que nous connaissons bien ?

Admettons. Seulement, pour que ces graves accusations tiennent, il faudrait que celle qui les profère soit rigoureuse dans son argumentation. Or, nous allons le voir, la rigueur n’est pas précisément le point fort de Rima Hassan.

Celle-ci cite à deux reprises dans l’émission le fondateur et premier dirigeant de l’Etat juif moderne. Du moins, affirme-t-elle qu’elle le cite…

 

Ben Gourion falsifié, première

On entend ainsi Rima Hassan dire (à 10mn35):

 

Figurez-vous que c’est David Ben Gourion, le premier Premier ministre israélien, qui a dit en 1967 « Israël deviendra un Etat d’apartheid s’il ne parvient pas à se débarrasser de sa population arabe ».

 

Rima Hassan est coutumière de cette citation qu’elle avait déjà utilisée lors d’un colloque au Sénat comme on peut le voir ici.

A InfoEquitable, cela fait des années que nous sommes plongés dans l’histoire d’Israël. Cela a aiguisé notre esprit critique et la citation nous a d’emblée paru suspecte.

Il s’avère qu’en 2017, le journal britannique The Independent a publié dans un article des propos identiques de l’antisémite notoire Richard Falk: « He quoted a 1967 radio address from Mr Ben Gurion, when he said “Israel would soon become an apartheid state” if it did not “rid itself of the territories and their Arab population as soon as possible.” » (« Il a cité un discours prononcé en 1967 par M. Ben Gourion à la radio, dans lequel il déclarait qu' »Israël deviendrait bientôt un État d’apartheid » s’il ne se « débarrassait pas des territoires et de leur population arabe dès que possible ». »)

Le sens critique de nos confrères de CAMERA fut alors alerté, si bien qu’ils menèrent une petite enquête. CAMERA précisa :

Nous n’avions jamais rencontré cette supposée citation auparavant, et il n’y avait pas beaucoup de références à celle-ci en ligne – ce qui semble surprenant compte tenu de la valeur d’une telle accusation pour les antisionistes. En effet, la seule source de cette citation semble être un livre du journaliste israélien Hirsh Goodman intitulé « Let me create a paradise, God said to himself… » (Laissez-moi créer un paradis, s’est dit Dieu…), publié en 2005. À la page 78, Hirsh prétend se souvenir d’une émission de radio diffusée par Ben-Gourion à la fin du 10 juin (ou au début du 11 juin) 1967, soit le cinquième ou le sixième jour de la guerre des Six Jours.

Voici la page (via Amazon), dans laquelle Goodman se souvient du week-end (9-10 juin) où il est rentré chez lui pour une permission de 48 heures.

 

 

CAMERA ajoutait :

Tout d’abord, il semble que Goodman se fie entièrement à sa propre mémoire, se souvenant d’une émission de radio plus de 35 ans après les faits. Il n’y a aucune mention de cette émission dans le journal de Ben-Gourion sur la guerre des Six Jours publié par Brandeis. Le personnel du bureau israélien de CAMERA n’a pu trouver aucune mention de la citation dans les recherches en hébreu. De plus, il semble extraordinairement improbable que Ben-Gourion ait dit une telle chose, alors que la guerre des Six Jours était encore en cours – seulement deux jours après que les FDI (armée israélienne) aient pris le contrôle du territoire.

Nous avons contacté l’éminent historien israélien Benny Morris, qui nous a répondu par courriel qu’il n’avait jamais entendu parler de cette citation de Ben-Gourion.

Nous avons contacté l’historien du Moyen-Orient Martin Kramer, qui a également déclaré que cette citation semblait « douteuse ». Kramer a noté que dans les jours qui ont suivi la guerre, Ben-Gourion s’est rendu à Hébron et a déclaré que l’ancienne ville juive était la jumelle de Jérusalem et qu’elle devait être conservée et rapidement peuplée. Kramer a ajouté que Ben-Gourion ne voulait pas toute la Cisjordanie, « mais qu’il n’était pas non plus prêt à tout rendre », ce qui rend extrêmement improbable le fait qu’il se soit jamais prononcé sur les « territoires ». Quant à l’analogie avec « l’État d’apartheid », Kramer note qu’elle n’apparaît nulle part dans le journal de guerre de Ben-Gourion, ni dans aucune étude scientifique consacrée aux dernières années de Ben-Gourion.

À ce stade, il semble que The Independent – en citant Falk sans esprit critique – ait contribué à faire circuler une citation inexacte de l’ancien premier ministre israélien.

Non content de ces premiers éléments, CAMERA poursuivit les recherches :

Suite à cet article, nous avons contacté les Archives Ben-Gourion. L’archiviste à qui nous avons parlé n’avait jamais entendu parler de cette citation. Nous nous sommes également entretenus avec Zaki Shalom, chercheur principal à l’Institute for National Security Studies et auteur de Ben-Gurion’s Political Struggles, 1963-1967 : A Lion in Winter. Lui non plus n’a jamais entendu parler de cette citation. Nous avons également contacté Anita Shapira, biographe de Ben-Gourion, qui nous a répondu par courriel que la citation semblait « peu plausible ». Enfin, nous avons envoyé un courriel à Hirsh Goodman, qui maintient ses souvenirs, mais qui a refusé, lorsqu’on le lui a demandé, de fournir d’autres détails sur l’interview, tels que le nom de la station de radio ou le nom de l’intervieweur.

A l’issue de ces recherches, The Independent dut reconnaître l’invalidité de l’attribution de ces propos à Ben Gourion : « Suite à notre communication avec les éditeurs d’Independent, le texte de l’article a été révisé pour refléter le fait que c’est seulement l’affirmation de Falk que Ben-Gourion a prononcé ces mots. »

 

Ben Gourion falsifié, deuxième

Madame Hassan ne s’arrête pas en si bon chemin et récidive, à 33mn dans l’émission :

 

David Ben Gourion, qu’est-ce qu’il dit des Palestiniens, des réfugiés palestiniens, il dit « Chassez-les, les vieux mourront et les jeunes oublieront ».

 

Là encore, cette citation fait partie des « classiques » que Rima Hassan ressasse à l’envi devant son public, comme en témoigne ce tweet :

 

 

Or la falsification est ici encore plus claire. Il se trouve que The Electronic Intifada, publication que l’on peut difficilement qualifier de favorable à Israël, a été contraint de le reconnaître :

« Mais si « les vieux mourront et les jeunes oublieront » est probablement un résumé exact de l’espoir de David Ben-Gourion de voir disparaître les réfugiés palestiniens, ce n’est certainement pas sa formulation. »

 

 

The Electronic Intifada poursuit :

« Cette citation a figuré dans plusieurs textes soumis à The Electronic Intifada au fil des ans, et certains d’entre eux ont été publiés.

Mais plus récemment, nous avons commencé à la retirer des textes au cours du processus d’édition. Bien que nous ayons beaucoup cherché, nous n’avons pas été en mesure de trouver une source primaire pour cette citation. À notre connaissance, personne n’en a encore.

On dit parfois que la citation se trouve dans l’édition américaine du livre de Michael Bar-Zohar, Ben-Gurion : The Armed Prophet (Prentice-Hall, p. 157). Cependant, j’ai acheté un exemplaire d’occasion de ce livre et la phrase ne s’y trouve nulle part.

Bar-Zohar lui-même est un ancien membre du parlement israélien pour le parti travailliste, et le livre semble être une sorte d’hagiographie. Il a été le biographe officiel de Ben-Gourion et de l’actuel président, Shimon Peres, et se décrit comme « un ami d’Yitzhak Rabin et d’Ariel Sharon ».

La référence à cette citation incriminée provenant d’une source sioniste aussi irréprochable lui donne un air de crédibilité.

Mais elle n’est tout simplement pas vérifiée.

D’après les éléments disponibles, la citation semble avoir été mal attribuée. Elle me fait penser à un résumé qu’un auteur aurait pu écrire pour décrire l’opinion de Ben-Gurion (mais ce n’est là qu’une spéculation de ma part). »

The Electronic Intifada part ensuite dans de grandes circonvolutions pour expliquer que cette citation est fausse mais qu’elle reflèterait l’esprit de Ben Gourion.

Sauf que si c’est faux, c’est faux !

Cette fausse citation avait d’ailleurs déjà été passée au crible par le site ccvc.online, qui expliquait qu’elle avait été reprise au fil des années par de nombreux médias peu scrupuleux, du Guardian, à Al Jazeera, en passant par The Independent (encore…) ou NBC.

CQVC a réalisé un excellent travail pour déterrer l’origine de cette citation à la manière d’un archéologue :

« La première citation que j’ai pu trouver dans le contexte des Palestiniens était tirée d’une lettre du 12 juin 1986 au rédacteur en chef du Lansing State Journal où l’écrivain dit qu’un jeune Arabe palestinien dans un camp de réfugiés lui a dit en 1955, « Les Nations Unies pensent que les vieux mourront et que les jeunes oublieront. Nous n’oublierons jamais !… Nous nous battrons !

 

 

La seule source légitime que je puisse trouver pour la citation était dans ” Documents on British Foreign Policy 1919-1939 . 1st Series Volume 16. Upper Silesia 22 March 1921- November 2, 1922. Germany 1921. ” où un analyste britannique, discutant si l’Allemagne peut redevenir une puissance mondiale agressive après la première guerre mondiale, dit, En tout cas, il ne faut pas s’attendre à ce qu’une Nation qui a été organisée pour la guerre pendant plus de cinquante ans par la forme de conscription la plus rigoureuse connue de l’histoire, un système dont les racines dans le cas de la Prusse sont profondes de 150 ans, et dont la société civile, le service, la police et l’éducation ont tous été tempérés à cette fin, puisse être complètement « démilitarisée » en deux ans. Il y a encore trop d’« intérêts vitaux » impliqués dans un retour à l’ancien système. Outre les intérêts professionnels des firmes d’armement, des corps d’officiers, des officiers militaires et des sous-officiers, il faut aussi tenir compte de l’émotion belliqueuse de deux couches de la population, la jeunesse et l’âge, c’est-à-dire ceux qui étaient trop jeunes pour être appelés au service militaire et ceux qui étaient trop vieux. C’est une expérience commune dans tous les pays que ceux qui sont le plus disposés à glorifier la guerre sont ceux qui sont le moins exposés aux risques de celle-ci. Ces deux classes, fortement représentées dans les Universités et Gymnases par les Étudiants d’une part et les Professeurs d’autre part, sont un terrain fertile pour l’exploitation militariste. Mais avec le temps, les vieux mourront et les jeunes oublieront. A cet égard, les cinq prochaines années seront décisives ; elles peuvent déterminer les questions de paix et de guerre en Europe pendant une génération.

Il est ironique qu’une citation qui tentait de minimiser la possibilité d’une résurgence militaire de l’Allemagne – qui tuerait des millions de Juifs – soit maintenant utilisée pour calomnier ces mêmes Juifs. » 

Depuis cet épisode et d’autant plus à la suite du 7 octobre, Rima Hassan est devenue une invitée régulière des plateaux. Elle s’est faite connaître par un militantisme farouche contre Israël, dont les intentions sont bien identifiables lorsqu’elle utilise par exemple le slogan « from the river to the sea » (appel bien connu à éradiquer toute présence juive entre le Jourdain et la Méditerranée – et donc à la fin de l’Etat d’Israël par déportation et / ou génocide de sa population).

La rigueur historique n’est pas son point fort. C’est déjà fort dommageable quand elle participe à des débats dans lequel le poids de l’histoire est prépondérant. Ca l’est d’autant plus si elle entend maintenant assumer des responsabilités politiques.

Nous ne prétendrons pas quant à nous être surpris. La « cause palestinienne » a besoin de mensonges pour paraître crédible, et ceci n’en est que le dernier exemple.

 


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