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Reportage d’Envoyé spécial à Gaza: la décision fantôme du CSA

Quatre mois après la diffusion du reportage, le Conseil supérieur de l’audiovisuel  a estimé que France 2 avait « respecté ses obligations » et que les « séquences litigieuses » relevaient de sa « liberté éditoriale ». Prise en catimini, la décision n’a pas été publiée sur le site du CSA.

 

En se hâtant lentement, sans tambours ni trompettes, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a fini par examiner le dossier du reportage d’Envoyé spécial consacré à Gaza.

 

 

Diffusé à l’automne dernier, le 11 octobre 2018, « Gaza, Une jeunesse estropiée » avait suscité une vive émotion au sein de la communauté juive.

De nombreux téléspectateurs avaient écrit au CSA pour protester contre le caractère déséquilibré et anti-israélien du reportage ainsi que sa complaisance à l’égard de la violence prônée par les Palestiniens, présentés systématiquement comme des victimes de Tsahal.

L’ambassade d’Israël, le député Meyer Habib et le Crif avait également élevé une protestation publique.

Il a donc fallu attendre plus de quatre mois pour que le CSA – dont c’est la mission – examine les arguments des téléspectateurs indignés.

Examiner est d’ailleurs peut-être un bien grand mot.

Le dossier des Estropiés de Gaza a été inscrit à l’ordre du jour de la réunion plénière du 27 février 2019, parmi une quinzaine d’autres sujets.

 

 

Difficile de savoir le temps qui a été consacré à discuter de cette affaire et si elle a donné lieu à un réel débat contradictoire. 

Les points litigieux soulevés dans les nombreuses lettres et e-mails de téléspectateurs ont-ils été clairement exposés aux membres du CSA réunis en assemblée plénière ? 

Là non plus, il n’est pas possible de le savoir. Le CSA n’a communiqué aucune information à ce sujet.

Plus chanceux a été le journaliste de France 2, Yvan Martinet, auteur du reportage.

 

 

Pourtant, ni l’AFP, ni aucun organe de presse n’a fait état d’une telle annonce de la part du CSA.

Rien non plus sur le site de l’institution.

D’où le journaliste tient-il le résultat de ces délibérations ? Secret des sources, sans doute.

 

Conversation téléphonique avec le CSA

Pour essayer d’en savoir un peu plus, InfoEquitable est entré en contact avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Au téléphone, la responsable de la communication nous à confirmé que l’assemblée plénière du CSA avait bien donné quitus à France Télévisions, considérant que le reportage sur Gaza ne comportait aucune faute déontologique.

– Peut-on prendre connaissance du texte de votre décision ? Avons-nous demandé.

– Pour le moment il n’est pas disponible, a indiqué la responsable de com.

– Quand le sera-t-il ? Dans quel délai comptez-vous le mettre en ligne sur le site du CSA ?

– Pour le moment, il n’est pas disponible… répète la responsable de la communication après un moment d’hésitation. Puis elle ajoute : ça prend forcément un peu de temps. Actuellement, il est à la relecture. Vous savez, chaque phrase doit être très précise. Ce sont des décisions officielles qui peuvent avoir des implications juridiques…

A ce jour, plus de six mois après la diffusion des « Estropiés de Gaza », le texte de la délibération ne figure toujours pas sur le site du CSA.

 

Une lettre type envoyée aux téléspectateurs mécontents

On ne peut cependant pas reprocher au CSA d’être resté totalement silencieux sur cette affaire.

Le 23 mars 2019, soit un mois après la réunion, tous les téléspectateurs et les organisations juives ayant protesté auprès du CSA ont reçu cette « lettre type » les informant de la décision en faveur de France 2.

Les « sages » du Conseil supérieur de l’audiovisuel se contentent là aussi du minimum syndical.

En quelques lignes, ils opposent une fin de non-recevoir à toutes les objections des téléspectateurs 

 

Après avoir analysé la séquence litigieuse, le CSA a constaté en premier lieu que la diffusion de ce reportage ne méconnait aucune obligation de la chaîne et relève de sa liberté éditoriale. Il a relevé ensuite que l’armée israélienne a été sollicitée pour exprimer son point de vue et mise en situation d’intervenir dans le reportage. Son représentant a eu le loisir de réfuter les accusations exprimées à son encontre et à présenter sa propre interprétation de ce qui se passe à la frontière entre Israël et Gaza. Dès lors, aucun manquement ne pourrait être reproché à la chaîne en matière d’expression des différents points de vue en relation avec cette actualité.

 

Cette lettre du CSA nous a laissé un peu sur notre faim.

En octobre dernier, InfoEquitable avait lui-même adressé une lettre ouverte au CSA pour l’alerter des graves entorses à la déontologie et au cahier des charges de France Télévision qui selon nous jalonnent le reportage diffusé par France 2.

En ce qui concerne « l’expression des différents points de vue », relevée et vantée par le CSA, qu’il nous soit permis d’en souligner au contraire le déséquilibre flagrant : la quasi-totalité du reportage qui dure 30 minutes donne la parole à une quinzaine de Palestiniens. L’armée israélienne n’a droit qu’à 2 minutes pour tenter de réfuter les accusations de crimes de guerre portées contre elle.

Mais le plus grave n’est pas là.

Outre ce déséquilibre des points de vue, le reportage de France 2 portait un regard complaisant sur la violence des manifestations organisées par le Hamas, passant sous silence le rôle déterminant de l’organisation terroriste dans l’organisation de ces émeutes.

Le reportage de France 2 justifiait l’emploi de civils et de jeunes enfants comme boucliers humains.

 

Des enfants et des adolescents interviewés à visage découvert (en violation de toutes les règles édictées par le CSA lorsqu’il s’agit de reportage réalisés en France) affirment être venus de leur propre initiative. L’équipe d’Envoyé spécial n’a pas confronté d’officiels du Hamas sur l’utilisation de ces très jeunes civils comme boucliers humains.

 

Le reportage de France 2 comportait au moins une traduction tronquée où le mot « yahoud » (Juif, en arabe) semblait avoir été escamoté.

 

« Ce sont mes frondes pour envoyer des pierres sur les colons israéliens, mais eux nous répondent avec leurs balles », dit la bande son en français. L’interview originale en arabe laisse entendre le mot « Yahoud »  – Juif – qui n’a visiblement pas été traduit par les journalistes d’Envoyé spécial, ce qui gomme le caractère antisémite des propos du jeune Palestinien. InfoEquitable avait demandé au CSA d‘exiger que France 2 produise l’intégralité de l’interview litigieuse en arabe accompagnée d’une traduction assermentée.

 

Le reportage de France 2 comportait aussi l’interview d’un jeune adolescent exprimant devant la caméra son désir d’aller perpétrer une « opération kamikaze» en Israël

 

« Je voulais aller en Israël pour trouver un travail et passer mon permis. Et alors j’aurais conduit dans une opération kamikaze… Hélas, ça ne se fera pas. »

 

Force est de constater que le CSA n’a en réalité pas répondu à la plupart des questions soulevées.


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