AccueilVeille médiasFrance Info fait amende honorable et plaide «l’erreur humaine»

France Info fait amende honorable et plaide «l’erreur humaine»

La rédaction de France Info a adressé à l’antenne sa réponse à InfoEquitable. Nous avions demandé des éclaircissements après la rectification d’un article qui désignait à tort de « colonie » un village agricole israélien situé près de Gaza.

 

Netiv Ha’Asara est un moshav adossé à la frontière avec la bande de Gaza. Ce village agricole est situé en territoire israélien internationalement reconnu.

Lorsqu’un article de France Info a désigné Netiv Ha’Asara comme une « colonie » et ses habitants comme des « colons », InfoEquitable est intervenu et a obtenu que la chaîne d’information rectifie le vocabulaire employé. Les « colons » sont redevenus des villageois.

 

 

Mais ce n’était pas la fin de l’histoire. Nous avons alors appris que le journaliste de France Info à qui l’article avait au départ été attribué n’en était pas le véritable auteur. Il avait réalisé un reportage radio sur le sujet, mais l’article était une adaptation de ce reportage écrite par d’autres collaborateurs de la chaîne. Peu après la correction, celle-ci a d’ailleurs supprimé la signature du journaliste, ne laissant que « France Info » comme auteur.

 

Les questions d’InfoEquitable

InfoEquitable a alors souhaité savoir à quel niveau de la rédaction la fausse information avait été ajoutée, et comment expliquer qu’elle ait été validée, dans l’espoir d’éviter que ce type d’erreur se reproduise.

Nous avons adressé ces questions à la médiatrice de Radio France ainsi qu’à la direction de la radio, puis nous les avons soulevées publiquement dans un article.

 

France Info répond à l’antenne

La médiatrice de Radio France, Emmanuelle Daviet, a jugé nos questions suffisamment pertinentes pour y consacrer la moitié de son émission hebdomadaire, diffusée le samedi matin à l’antenne de France Info (écouter à partir d’1mn20).

 

 

C’est le directeur adjoint de la rédaction de France Info qui a formulé la réponse.

Richard Place l’assure, ce qui s’est produit était

« une erreur humaine et clairement pas un parti pris politique ».

Il explique que

« quand nous avons fait le titre de cet article, nous nous sommes trompés – la personne qui a fait et qui a vérifié ce titre s’est trompée. Quand nous avons réalisé cette erreur nous l’avons corrigée au plus vite ».

Quant à savoir si une telle erreur pourrait être évitée à l‘avenir :

« Non, c’est impossible. Évidemment j’aimerais pouvoir dire que nous serons 100% irréprochables à l’avenir, mais l’information, et surtout l’information en continu est une matière qui fluctue, qui est difficile à appréhender. (…) nous l’avons corrigé dès que possible, nous le ferons à l’avenir à chaque fois que nous nous tromperons et nous essaierons de nous tromper le moins possible ».

 

Que retenir de ces explications ?

« Une erreur humaine » ?

France Info plaide donc « l’erreur humaine » et précise qu’il ne s’agit pas d’une « prise de position politique ou d’un parti pris de la rédaction ». 

Notons tout de même que ce n’est pas une simple erreur de date ou une faute d’orthographe, mais un choix sémantique plus profond qui peut difficilement être le fruit du hasard.

En ayant pris l’habitude de qualifier les Juifs de Judée-Samarie / Cisjordanie de « colons », ce qui est un jugement de valeur et une forme de dénégation de leur identité alors que leurs voisins arabes sont toujours identifiés sous l’identité de « Palestiniens », les médias font preuve d’un parti pris très fort qui finit par influencer les esprits.

Les Juifs, qui ont des arguments historiques et juridiques sérieux à l’appui de leurs revendications sur ce territoire, sont ainsi présentés comme des envahisseurs illégitimes.

Disons-le sans ambages : même quand il ne s’applique qu’aux Juifs de Cisjordanie, le terme de « colons » criminalise les Juifs et est porteur de danger. Il peut attiser le ressentiment contre les Juifs jusqu’en Europe, où l’antisémitisme revigoré passe désormais souvent par la haine d’Israël.

A fortiori, décrire ainsi que cela a été fait les Juifs comme des colons partout en Israël revient à nier la légitimité de cet Etat et, par conséquent, à appeler à sa destruction.

Qu’y aurait-il d’étonnant si, à force de martèlement de cette description stigmatisante qui finit par imprégner les esprits, un rédacteur peut-être de bonne foi avait fini par assimiler tous les Israéliens à des colons ? Il aurait alors agi par « ignorance » (et donc par incompétence pour un employé d’un média d’information), ce qui serait déjà grave. 

Reste la possibilité d’un activisme plus volontaire.

Nous avons écouté la chronique audio sur laquelle l’article a été basé et avons constaté qu’en plus de la sémantique du titre, de petites mais réelles modifications avaient été apportées dans le texte par rapport au reportage audio.

La conclusion personnelle prononcée par le reporter au micro – « Longtemps présenté comme le Monsieur sécurité du pays, Benyamin Netanyahou a perdu de nombreux soutiens dans la région. »…

… a été légèrement transformée dans l’article écrit. Les mots y sont soudainement attribués à une Israélienne, Avigail, qui a effectivement été interviewée dans le reportage audio mais n’y prononçait pas cet appel militant à voter pour un candidat (ajouts en gras) : « Avigail considère que Benyamin Nétanyahou, longtemps présenté comme le Monsieur sécurité du pays, ne fait pas partie de la solution mais du problème. Elle espère la victoire de Benny Gantz, chef de file de la coalition de centre droit Bleu-Blanc, qui attire de nombreux déçus du Likoud. »

Prise de position politique de la rédaction de France Info ? Sans doute pas. La reprise écrite hâtive du reportage audio pourrait expliquer ces changements, et Richard Place a quant à lui été très clair en reconnaissant que l’usage du terme de « colons » avait été déplacé. Bien évidemment, Radio France reconnaît la légitimité d’Israël dans ses frontières internationalement reconnues. Mais se pourrait-il que la rédaction de France Info abrite en son sein des individus militants ? La question reste ouverte.

Qu’en est-il du processus de validation ?

En effet, puisqu’il s’agit d’une erreur humaine, il y a forcément un responsable. 

Mais – signe d’un certain embarras ? – l’article n’est désormais plus signé d’aucun auteur et le directeur adjoint de la rédaction de France Info botte en touche. Il offre pour seule explication cette bafouille :

« nous nous sommes trompés – la personne qui a fait et qui a vérifié ce titre s’est trompée. »

La même personne aurait-elle créé et vérifié le titre ? Difficile de croire qu’un média du calibre de France Info n’ait pas mis en place un processus de validation faisant appel à un rédacteur et un relecteur différents.

Pourtant, si cela avait été le cas, un dérapage de la part d’un « stagiaire » aurait dû être repéré avant validation. Ici, la bévue a visiblement été validéeet commise ?par le management.

A notre demande de savoir ce qui pourrait être fait pour éviter que l’erreur se reproduise, France Info donne une fin de non-recevoir en estimant que les erreurs sont inévitables. Bien sûr qu’elles le sont !

Mais ne serait-il pas possible d’améliorer les processus pour réduire ce risque au maximum ? Redéfinition de la chaîne d’approbation, meilleure formation de la rédaction… Il y a certainement des pistes, mais la médiatrice et son invité ont laissé entendre que l’erreur devrait passer par pertes et profits, plutôt que d’aborder une réflexion sur les actions qui permettraient d’en réduire la probabilité d’une réédition.

Rapide, la correction ?

Quelques mots, enfin, sur la manière dont s’est déroulée la correction. L’accent est mis, tant par le responsable de la rédaction que par la médiatrice, sur la correction rapide de l’erreur, soulignée à trois reprises.

L’article a été mis en ligne le 16 septembre à 11h51. C’est par un tweet émis ce même jour à 18h12 qu’InfoEquitable a signalé l’erreur. France Info n’a pas réagi de la soirée.

InfoEquitable a alors publié un article dans la nuit et l’a diffusé sur les réseaux sociaux le lendemain matin, 17 septembre, notamment par un tweet émis à 7h16. C’est à ce moment-là que France Info a mis à jour son article, supprimant la mention des « colons » à 8h26 (et c’est encore plus tard, à 10h40, que le nom de l’auteur a été modifié).

Du signalement à 18h12 à la correction à 8h26, se sont donc écoulées 14 heures jusqu’à ce que le service d’information en continu rectifie deux mots.

 

Conclusion

France Info est une radio du service public. Les émissions de Radio France sont financées par les impôts des Français et, à ce titre, ce média a un devoir de qualité plus fort que ses concurrents.

Radio France le sait, et c’est pour cela que sa médiatrice examine chaque semaine les questions des auditeurs.

Nous sommes heureux que la rédaction ait reconnu et corrigé l’erreur et remercions Emmanuelle Daviet et Richard Place d’avoir pris le temps de nous répondre à l’antenne.

Même s’il est impossible de promettre de ne plus faire d’erreur, nous voulons croire que davantage de vigilance sera exercée à l’avenir.

Nous aussi, à InfoEquitable, continuerons à exercer une veille attentive.

 

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Auteur : InfoEquitable. Si vous souhaitez reproduire cet article, merci de demander ici une autorisation écrite préalable.

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